La servitude douce et paisible du peuple

Auteur : Alexis de Tocqueville

Extrait de : De la Démocratie en Amérique, vol II (Quatrième Partie : Chapitre VI) (1840) de Alexis de Tocqueville

Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu’ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

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Jugement moral de Kohlberg

Auteur : Jean-Christophe Giuliani

Le développement économique de la France et des pays industrialisés a permis à la population de ces pays d’accéder à un niveau de confort matériel sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Malgré le bien-être matériel, que procure ce mode de vie, elle continue à produire et à consommer toujours plus de biens et de services marchands. Les ressources de la planète étant limitées, la volonté de réussir sa vie sur le plan financier, professionnel et matériel n’est donc pas viable à court, moyen et long terme. En valorisant la cupidité et l’égoïsme, la doctrine idéologique néolibérale légitime des prises de décision qui contribuent au réchauffement du climat, à l’épuisement des stocks de matières premières, à la dégradation des ressources naturelles et à la disparition de la biodiversité[1]. En motivant à accumuler toujours plus d’argent et de biens matériels, cette doctrine menace notre qualité de vie, notre processus démocratique et la survie des générations présentes et à venir. L’imminence d’un effondrement, qui est révélé par la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, des inondations, des sécheresses, des pics de pollution, etc., nécessite d’encourager chacun d’entre nous à faire évoluer son niveau de jugement moral.

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Temps social et dynamique des temps sociaux

Auteur : Jean-Christophe Giuliani

Regarder le monde à partir du rapport au temps

Le temps abstrait de l’horloge et du calendrier permet d’organiser et de planifier le rythme des activités individuelles et collectives sur la journée, la semaine, le mois et l’année. En reliant les agents à l’intérieur de l’espace-temps et de l’espace social, ces outils apparaissent comme de puissants instruments de contrôle et de pouvoir.

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Les enjeux du champ social dominant

Article : Jean-Christophe Giuliani

Auteur : Jean-Christophe Giuliani

Les espaces immatériels, qui unissent les individus à la société, sont l’espace physique, l’espace social et l’espace-temps. Bien que, d’une part, Pierre Bourdieu ait développé le concept de champ social, il n’a pas créé celui de champ social dominant, et, d’autre part, l’essai « Temps et ordre social » de Roger Sue n’aborde pas le concept de champ social, je me suis interrogé sur l’existence d’une relation entre un temps et un champ social dominant. Avant d’envisager l’hypothèse d’un champ social dominant, je commencerai par définir un champ social.

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S’estimer sur le mode « avoir » ou « être ».

Auteur : Jean-Christophe Giuliani

Le progrès technique et l’organisation du travail ont permis à la population de la France et des pays industrialisés d’accéder à un niveau de confort matériel sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Bien qu’elle ait accès à un niveau de satisfaction de vie objectif, elle continue à produire et à consommer toujours plus de biens et de services marchands. Les ressources de la planète étant limitées, le mode de vie matérialiste n’est plus viable à court, moyen et long terme. En contribuant au réchauffement du climat, à l’épuisement des stocks de matières premières, à la dégradation des ressources naturelles, à la pollution de l’eau, de l’air et des sols et à la disparition de la biodiversité, la compétition, dont le but est de réussir sur sa vie le plan financier, professionnel et matériel, menace la survie et l’avenir de l’humanité. L’imminence d’un effondrement, qui est révélée par la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, des inondations, des sécheresses, des pics de pollution, etc., impose de changer de mode de vie en moins de 10 ans.

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Dénis du réel et dissonance cognitive

Article : Jean-Christophe Giuliani

 

Lorsqu’un groupe, un individu, une famille, un système, une société, etc., se trouve prise au piège avec un problème ou un jeu sans fin, qu’un changement ne parvient plus à résoudre, il apparait pertinent de se demander si l’individu n’est pas confronté à un déni de la réalité ou à de la dissonance cognitive.

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Compétition et hiérarchie en milieu d’abondance

« Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne. » Voltaire [1]

« Dans notre monde, ce ne sont pas des hommes que vous rencontrez le plus souvent, mais des agents de production, des professionnels. Ils ne voient pas non plus en vous l’homme, mais des concurrents, et dès que votre espace gratifiant entre en interaction avec le leur, ils vont tenter de prendre le dessus, de vous soumettre. » Henri Laborit [2]

Comme elle conduit l’humanité à sa perte, nombreux sont ceux qui souhaitent sortir du modèle compétitif et hiérarchique de la Religion économique. Avant de proposer des solutions pour en sortir, il est nécessaire d’appréhender les mécanismes psychologiques et sociaux à l’origine de ce modèle de société.

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Causes et conséquences du chômage ?

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la France et l’ensemble des pays industrialisés sont confrontés à une crise, dont l’une des principales conséquences est la hausse du chômage. Étant donné que les économistes, les industriels et les politiques néolibéraux affirment que les principales causes du chômage sont la faiblesse de la croissance du PIB et le manque de compétitivité des entreprises françaises, pour créer des emplois, il suffirait donc de la relancer et de supprimer tous les freins à la compétitivité. Afin d’infirmer ou de confirmer ces affirmations, il m’apparaît nécessaire de commencer par identifier et par analyser les causes et conséquences du chômage.

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Travailler 5 jours est-il compatible avec la démocratie ?

Jean-Christophe Giuliani

La première partie de l’article a été publié dans le journal Kairos : n°38 de Février / Mars, sous le titre : Travailler 5 jours par semaine est-il compatible avec la démocratie ?

La participation des citoyens à la vie politique est l’une des conditions de la transformation sociale. Du Grec dèmos, « ensemble des citoyens » et kratos, « pouvoir », la démocratie désigne le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu et exercé par l’ensemble des citoyens. Comme ils détiennent la légitimité du pouvoir politique, les citoyens participent aux délibérations et aux prises des décisions qui concernent le vote des lois, du budget, des impôts et de l’organisation du « vivre ensemble ». Tandis que dans une démocratie directe, les citoyens exercent directement leur souveraineté, dans une démocratie représentative, ils l’exercent par l’intermédiaire de représentants élus (président, députés, maires, etc…). Dans un régime démocratique, la constitution et les lois permettent de garantir l’égalité des droits, la liberté d’expression, d’association et de culte et de disposer d’une presse libre. Avant de proposer des solutions pour favoriser la démocratie, il m’est apparu nécessaire de questionner la compatibilité de la démocratie avec la semaine de 5 jours.

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Perspective économique pour nos petits enfants

John Maynard Keynes : Extrait de l’essai, « Traité de persuasion », de 1931.

Vous trouverai ce livre et cet extrait sur le site des classiques des sciences sociales.

I

Nous souffrons actuellement d’une mauvaise épidémie de pessimisme économique. Il est courant d’entendre dire que la période de grands progrès économiques qui caractérisa le XIXe siècle est close; que l’amélioration rapide de la vie va maintenant marquer un ralentissement – du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne; et que la prospérité va plutôt diminuer qu’aug­menter dans la décade qui commence.

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