Le système inhibiteur de l’action et de la soumission

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Auteur : Jean-Christophe Giuliani

Le système inhibiteur de l’action (SIA) a été découvert au début des années 70 par Henri Laborit[1]. Lorsqu’un individu est contraint de se soumettre à un agent stressant, le rôle du SIA est de lui permettre de s’adapter.

Ce circuit est régulé par le système septo-hippocampal, l’amygdale et le noyau de la base qui libèrent de la sérotonine et du cortisol. Malgré la soumission, le PVS continue à activer le système nerveux et à libérer des hormones pour préparer le corps à la fuite ou la lutte. Lorsque l’inhibition se prolonge des semaines ou des mois, le circuit de la SIA devient moins sensible à l’inhibition réactive. L’insensibilité provoque l’augmentation de la production et de la sécrétion de cortisol dans l’organisme. La sécrétion excessive de cortisol a des conséquences pathologiques sur la santé physique et psychique.

À moyen terme, ces sécrétions excessives provoquent un état de stress durable dont les symptômes physiques sont multiples (fatigue, tension musculaire, sueur, hypertension, anxiété, etc…). À long terme, elles sont responsables de l’apparition de maladie psychosomatique et de pathologies physiques et psychiques graves (dépression, schizophrénie, Alzheimer, ulcères, diabète, cancer, etc…).

–  Source : Le cerveau à tous les niveaux[2]

L’inhibition de l’action se rencontre très souvent dans les entreprises. La peur du chômage incite les salariés à se soumettre aux exigences de la direction. L’inhibition de l’action se rencontre très souvent dans les entreprises. La peur du chômage incite les salariés à se soumettre aux exigences de la direction. pouvant pas fuir (démissionner) et ayant peur de perdre son emploi en luttant pour défendre ses droits (lutte sociale, grève, etc…), le salarié accepte l’intensification de son rythme de travail, l’insécurité d’un emploi précaire, le harcèlement d’un petit chef, de contribuer au « sale boulot », la flexibilité, un objectif inatteignable, des horaires irréguliers et imprévisibles, etc…

En acceptant ces conditions de travail, il s’expose à des situations de stress chroniques. Un rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estimait que 40 millions de personnes étaient affectées par le stress lié au travail[3]. En inhibant son action au quotidien, le salarié provoque une insensibilité du circuit du SIA et des sécrétions excessives de cortisol dans son organisme.

Quels que soient leurs niveaux hiérarchiques, à cause du stress lié au travail, de plus en plus de salariés sont sujets à des fatigues, à des maux de tête ou d’estomac, à des troubles du sommeil et de l’humeur, à des comportements addictifs (alcool, drogues, jeux, shopping, sexe, surtravail, etc...) et à des états anormaux d’agitation et d’angoisse accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée. En se prolongeant dans le temps, l’exposition à un état de stress durable provoque des problèmes de santé physique (maladies cardio-vasculaires, accident vasculaire cérébral (AVC), troubles musculo-squelettiques (TMS), hypertension artérielle, ulcères, cancers, etc…) et psychique (anxiété, fatigue chronique, dépression, Burn-out, tentatives de suicide, etc...). Les troubles musculo-squelettiques et psychiques constituent les pathologies à caractère professionnelles les plus fréquentes.

À eux seuls, les TMS, qui ont augmenté de 17 % par an en dix ans, représentaient 74 % des déclarations des maladies professionnelles en 2008[4]. Afin d’aider les salariés à poursuivre leur travail, les médecins généralistes prescrivent toujours plus d’antidépresseurs. En 2000, 24,5 % de la population française a bénéficié du remboursement d’un médicament psychotrope[5]. La hausse de la consommation de psychotropes révèle un malaise social profond qui ne cesse de s’amplifier.

La colère, que la loi et la morale réprouvent, est une réaction plutôt saine pour la santé physique et psychique d’un individu. Si elle s’exprime de manière ajustée, la colère d’un salarié qui subit la dégradation de ses conditions de travail est saine pour sa santé. À l’inverse, la soumission à un agent stressant peut nuire à la santé et provoquer des comportements brutaux, sadiques et cruels. N’étant pas inhérents à la nature humaine, ces comportements apparaissent comme des réactions secondaires provoquées par la soumission à un agent stressant.

Un salarié qui serait soumis au harcèlement d’un petit chef sur une longue période pourrait développer un comportement sadique. Lorsqu’il détiendra un peu de pouvoir, ce salarié pourrait entretenir la spirale de la haine en faisant subir à des victimes innocentes les persécutions qu’il a subies quand il n’avait pas les moyens de se défendre. En entretenant ces comportements sadiques, les multinationales engendrent des êtres malfaisants qui contribuent à la banalisation du mal.

Les travaux de recherche de Mc Clelland[6] ont montré que l’une des causes de la compétition pour le pouvoir est motivée par le désir de recevoir des récompenses et la volonté d’éviter des punitions. La lutte est d’autant plus féroce que les sources de frustration, de punitions et de soumissions sont plus nombreuses que les moyens de se procurer du plaisir.

Dans les États bureaucratiques (URSS, Chine, etc...) et les régimes autoritaires (Nazisme, fascisme, etc...), les moyens de se procurer des récompenses étaient plus limités que ceux des punitions et de la frustration. Étant donné que les récompenses étaient plus nombreuses en haut qu’en bas de l’échelle sociale et que les fonctions hiérarchiques étaient plus limitées que les fonctions subalternes, la compétition pour la conquête du pouvoir y était donc plus intense et féroce.

L’organisation des entreprises et des multinationales étant calquée sur ceux des modèles bureaucratiques et autoritaires, elles sont également des champs de compétition et de lutte pour le pouvoir. Comme les fonctions de subordination sont souvent synonymes de soumissions, de punitions et de frustrations, les salariés entrent en compétition les uns avec les autres pour gravir les échelons hiérarchiques.

En s’élevant dans la hiérarchie, ils reçoivent davantage de gratifications, imposent leurs volontés et évitent de subir la domination d’un petit chef. Pour s’élever dans la hiérarchie, les salariés se conforment aux valeurs de l’entreprise, se soumettent à l’autorité et acceptent de contribuer au sale boulot et, donc, à la banalisation du mal.

Ayant, d'une part, identifié les besoins et distingué les besoins des moyens de les satisfaire et, d'autre part, décris les différents circuits du cortex cérébral qui motivent leurs satisfactions, il est possible d’aborder les conditions d’un changement de mode de vie et d’une transformation sociale. Étant donné que les moyens de satisfaire les besoins sont étroitement liés au temps, je propose à présent d’aborder les enjeux du rapport au temps sur le plan individuel et collectif.

Jean-Christophe Giuliani

 

Cet article est extrait de l’ouvrage « Satisfaire nos besoins : un choix de société ! ». Ce livre permet d’appréhender que le choix du rapport au temps et des moyens utilisés pour satisfaire nos besoins n’est pas un choix économique, mais un choix de société dont dépend la survie et l’avenir de l’humanité.

Vous pouvez le commander au Furet du Nord, à la FNAC et dans toutes les librairies, ainsi que sur les sites du Furet du Nord, de la FNAC et d’autres librairies en ligne sous un format ePub ou Papier.

  Pour accéder aux pages suivantes :

- Le circuit de l'évitement de la douleur

- Le circuit de la récompense et du plaisir



[1] Laborit Henri, L’inhibition de l’action : biologie, physiologie, psychologie, sociologie, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1986.

[2] Le cerveau à tous les niveaux, Rechercher l’agréable et éviter le désagréable, [En ligne] (consulté le 1 mars 2017), http://lecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_03/a_03_p/a_03_p_que/a_03_p_que.html

[3] Organisation Internationale du Travail (OIT), Stress au travail, un défi collectif, 28 avril 2016, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_protect/---protrav/---safework/documents/publication/wcms_466548.pdf

[4] Sénat, Le mal-être au travail : passer du diagnostic à l'action, Rapport d'information n 642 (2009-2010) de M Gérard Dériot, Mission d'information sur le mal-être au travail et de la commission des affaires sociales, déposé le 7 juillet 2010, [http://www.senat.fr/rap/r09-642-1/r09-642-1_mono.html]

[5] Lecadet J, Vidal P, Baris B, Vallier N, Fender P, Allemand H et le groupe Médipath (2000), Médicaments psychotropes : consommation et pratiques de prescription en France métropolitaine. I. Données nationales, 2000, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/Psychotropes_conso_et_pratiques.pdf

[6] Rocher Guy, 3. Le changement Social : Introduction à la sociologie générale, Montréal, HMH, 1968, page 176.

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Commentaires (1)

P
patrice boucher 29/07/2022 à 04:23

très intéressant au départ je faisais une recherche sur la self defense ,ce n'est pas évident d'etre soi mème dans ce monde capitaliste ,cela me conforte dans ma recherche intérieure spirituelle pour me libérer de toutes mes peurs ,je veus arriver à regarder la mort en face donc la vie sans baisser les yeux ,il y a du boulot, ma citation préférée "vivre c'est devenir, mourir c'est ètre "

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